PIERRE ROMAINE DES SEMBOULES  

2000 ans pour arriver aux Semboules !

« Semboulois, songez que, du haut de cette pierre romaine, vingt siècles d’histoire vous contemplent. »  

Le quartier des Semboules est heureux et fier du nouveau « monument » venu rehausser le prestige de la place Charles Cros. Cette pierre tombale, gravée de caractères romains serait, selon Mr Dor de la Souchère, ancien conservateur du Musée Grimaldi d’Antibes, le reste d’un sarcophage romain vieux de 2000 ans ! Mr Paul Clément, docteur en archéologie de l’Université d’Aix Marseille, spécialiste de l’histoire de Vence, nous apprend alors que cette inscription, découverte en 1925 quartier St Donat à Vence, était signalée disparue ! Le Cadis la redécouvre, près de cent ans plus tard en 2021, dans les Semboules ! A notre demande, la Ville d’Antibes, soucieuse de valoriser le patrimoine public, vient de l’installer dans la pelouse face à la pharmacie. Elle est ainsi réintégrée dans le patrimoine archéologique public, et mise à la disposition des chercheurs.  

L’avis des chercheurs archéologues.  

Selon Mme Cinzia Vismara, archéologue, qui a étudié cette pierre d’après la photo et publié un article à son sujet (AE 1991, 1176, n° 9), il s’agirait d’une urne cinéraire à double alvéole ou, selon Mr Dor de la Souchère, un sarcophage de forme cubique avec une cavité funéraire centrale d’environ 25cm de côté, dont il reste la moitié gauche. Cette pierre, en calcaire local dit de La Sine aurait ensuite été retaillée pour être réemployée. Ces urnes funéraires à deux compartiments constituent une particularité propre à la cité de Vence ainsi qu’à une partie de celle d’Antibes, et sont également présentes à Cimiez. Le front est occupé par une inscription (ou bien deux en correspondance avec les cuves), encadré par un décor stylisé végétal. On peut s’en faire une représentation à partir de celle de La Gaude découverte le long de la voie Aurélia et décrite par Edmond Blanc au lieu-dit Les Bastides en 1878.   

Nous connaissons bien ce lieu de promenade sur la via Aurelia de La Gaude avec les amis car nous allions nous y baigner en été dans le cours d’eau de la Cagne après la visite de la « Maison Verte » ! On y voit les familles Longonuis, Vrévinius et Troussonius de la gens Cadis !   

Epitaphe  

Une épitaphe est une inscription sur un tombeau. Elle désigne la personne ensevelie et s’accompagne parfois d’une note poétique ou humoristique. J’adore ainsi repérer dans un cimetière les bons mots comme « Sans toi, les sanguins n’auront plus jamais le même goût » ou « De mon vivant j’étais tranquille, et pis TAF ! ». Les littéraires composent quelques bons mots : « Rappelez-vous que lorsque vous quittez cette terre, vous n’emportez rien de ce que vous avez reçu – uniquement ce que vous avez donné » (St François d’Assise) ; « Dehors ! Les derniers mots sont pour les imbéciles qui n’ont rien dit de leur vivant ! » (Karl Max) ; « Si je ne reviens pas physiquement, n’oublie pas que chaque fois que tu sentiras la brise sur ton visage, ce sera moi qui serai revenu t’embrasser. » (David Servan-Schreiber) ; « Je me suis bien amusé, au revoir et merci ! » (Romain Gary) ; « Tirez le rideau, la farce est terminée ! » (Rabelais) ; « Ci-gît Jacques Prévert. Ami, ne soit pas triste, il fait encore des vers ! ». Il n’est jamais trop tard pour composer son épitaphe comme disait Romain Gary ! Pour moi par exemple : « Manu tu déboules aux Semboules, chamboules et tourneboules ! » (Bof !) ou alors, un très mauvais jeu de mots : « Sans boules, des 100boules ! ».  

Epigraphie  

Mr Eric DELAVAL, conservateur du patrimoine et directeur du Musée Archéologique d’Antibes a rédigé un court  

texte explicatif à destination des visiteurs de la place Charles Cros afin de leur permettre de décrypter l’inscription en caractères romains et d’en comprendre la signification. L’épigraphie est la science historique et archéologique qui étudie l’inventaire et la traduction des inscriptions latines antiques gravées. Chez les romains, on inscrivait le nom du groupe de familles (lat. gens), intercalé, dans le nom d’une personne, entre le prénom (praenomen) et le surnom (cognomen).   

Voici l’interprétation de nos savants épigraphes : « L’inscription a été dédiée à L. Vitf — J Vitellf par une Ennia. Il est fort probable que le gentilice du défunt soit Vitellius, assez répandu et attesté en Narbonnaise, mais il pourrait aussi s’agir de Vitellianus. Son cognomen semblable au gentilice, pourrait être Vitellianus, Vitellinus ou Vilellus. Le gentilice Ennius est très répandu, notamment en Italie septentrionale et en Gaule du sud, et bien attesté dans la cité de Vence. Le cognomen de la femme ne nous est pas parvenu. A la dernière ligne, on aperçoit une lettre qui pourrait bien être un F.   

C’est bien compliqué ! Il faut retenir que ce tombeau a été réalisé à la demande d’une Ennia, noble romaine de la région de Vence pour son défunt nommé probablement Vitellianus ( ?) et que les éléments paléographiques (forme des lettres) suggèrent une datation du IIème ou IIIème siècle. Il faudra retrouver d’autres morceaux du tombeau pour en savoir davantage…  

Les monnaies romaines  

La coutume romaine voulait que l’on dépose une pièce dans la bouche du défunt pour qu’il puisse payer Charon, le batelier qui faisait traverser le Styx, fleuve de l’enfer. S’il n’avait pas de pièce avec lui lors de la traversée des fleuves, il devait errer pour l’éternité entre le royaume des vivants et celui des morts et revenir hanter les vivants. Les pièces étaient fréquemment déposées dans la bouche ou les yeux du défunt.   

Les monnaies étaient en bronze ou en argent et parfois en or comme ici le solidus sous le règne de Constantin 1er Le Grand, d’une valeur très stable assurant les échanges dans toute l’europe romaine. Un solidus s’est récemment vendu pour 4.500€ !   

Voilà. J’espère que ce petit détour par la place Charles Cros et l’Empire romain vous aura plu.   

Manuel Babault  

Février 2022